Le « Pass Contraception » en Île-de-France

La direction diocésaine de Paris a du mal à avaler la pilule
Publié le lundi  9 mai 2011


Le 26 avril dernier, le Conseil régional d’Île-de-France, en concertation avec le ministère de l’Éducation nationale, mettait en place le « Pass Contraception » pour les jeunes Franciliennes et Franciliens de seconde ou de niveau équivalent. Le président du Conseil régional et le ministre assuraient qu’il s’agissait d’une démarche globale à visée éducative.

Ce pass se présente sous la forme de cinq coupons :

  • le premier coupon propose une consultation dans un centre de planification et d’éducation ou chez un médecin généraliste, un gynécologue, une sage-femme ;
  • le deuxième permet au jeune de faire une prise de sang et/ou des analyses ;
  • le troisième permet d’obtenir le contraceptif choisi en accord avec le praticien dans une pharmacie ou dans un centre de planification et d’éducation familiale ;
  • le quatrième coupon donne accès à une deuxième consultation médicale.
  • le cinquième est prévu pour le renouvellement du contraceptif.
    Ce pass, gratuit et anonyme, est délivré depuis le 26 avril 2011 par les infirmières scolaires dans les lycées, les référents santé dans les centre de formation d’apprentis (CFA) et les instituts de formation sanitaire ou sociale. Il sera valable chez l’ensemble des professionnels médicaux de la région.

Apparemment la direction diocésaine de Paris se montre plutôt rétive à cette expérimentation ; elle titre son communiqué du 26 avril 2011 par ce double questionnement : « Contraception ou éducation ? Que veut on mettre dans les mains des lycéens d’Île-de-France ? »

La direction diocésaine commence par objecter que « les établissements scolaires privés ne disposent pas systématiquement de service de santé et n’ont pas “d’infirmière scolaire” au sens des postes existant dans l’enseignement public. » Cependant cette objection est aussi valable pour les lycées publics ; la FCPE Île-de-France craint que le dispositif « risque de se voir freiné dans son application du fait du manque de personnels, dans de nombreux établissements, faute de volonté politique de l’État « Education Nationale ». Elle « réaffirm[e] [son] exigence d’une politique de santé scolaire volontaire et ambitieuse, impliquant de disposer dans chaque établissement d’un effectif de personnels de santé suffisant. » Pour autant la FCPE se réjouit de la mise en place de ce pass contraception.

Comme quoi un même argument peut provoquer des réactions opposées.

Passé cette objection formelle, la direction diocésaine arrive au fond de l’affaire : « L’éducation affective, relationnelle et sexuelle ne peut pas se réduire à des mesures de prophylaxie mais doit “prendre en compte de la pluralité des dimensions de l’être humain, l’éducation au discernement, la construction de l’image de soi en lien avec sa relation aux autres, la formation d’attitudes de responsabilité individuelle et collective.” » Et de conclure que « la diffusion de ces Pass Contraception aux élèves ne peut avoir aucun caractère obligatoire. En la matière, les établissements scolaires catholiques de Paris continueront à privilégier une politique d’éducation ouverte sur le sens de la vie, de la liberté et de la responsabilité. » On serait tenté d’ajouter « Ainsi soit-il ! »

Rappelons quand même que l’un des objectifs de ce pass est aussi d’installer un dialogue entre les jeunes et des professionnels de santé, dialogue permettant d’apporter une information nécessaire et objective et où les jugements de « valeurs » sont absents, dialogue qu’il est bien souvent difficile d’établir avec des adultes représentant une hiérarchie qu’elle soit parentale ou scolaire.


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