Quid de la Nouvelle carrière ?

Publié le samedi  3 juin 2017


Dans le cadre du PPCR (Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations), le précédent gouvernement a engagé une réforme globale du déroulement de la carrière. Cette réforme concerne tous les corps d’enseignants (des professeur-e-s des écoles aux agrégé-e-s) à l’exception de celui des MA (Maîtres auxiliaires de 1re et 2e catégorie).
On s’interrogera ici sur les effets réels de textes qui révèlent quelques surprises :

  • la progression d’ensemble de la carrière d’un-e certifié-e classe normale, par exemple, avec la disparition des 3 modes d’avancement (grand choix, choix, ancienneté), se fait sur la base de 26 ans, c’est-à-dire ce que permettait le choix dans l’ancienne formule. Le grand choix avec 23 ans aurait été plus judicieux ;
  • le délai d’attente pour les rendez-vous de carrière risque d’être anxiogène ;
  • le poids donné au chef d’établissement dans la grille de compétences est encore accru… ce qui peut faire craindre une promotion au « mérite » et au faciès, même si l’intéressé-e peut ajouter des remarques ;
  • quant aux deux possibilités de promotion dans la carrière, c’est très peu. Il y aura donc une « élite » à 30 % et un marais à 70 % tandis que les modalités d’accès à la classe exceptionnelle ne sont à ce jour pas déterminées pour les enseignant-e-s du privé sous contrat.
    Cette réforme, qui s’échelonnera sur 3 ans, ne rattrapera pas la baisse effective de notre pouvoir d’achat depuis le début de ce siècle.

 Quelques changements essentiels

Les changements affecteront tout d’abord les grilles (cela a déjà été le cas en janvier 2017), notamment les indices, la durée de chaque échelon et les modalités des 3 rendez-vous professionnels (grilles indiciaires et d’évaluation en pages suivantes). Ces nouvelles modalités seront effectives à compter du 1er septembre 2017 :

  • il y aura 3 rendez-vous de carrière. Les inspections individuelles ou collectives restent possibles à la demande de l’intéressé-e, de l’administration ou du chef d’établissement ;
  • les modulations d’avancement (grand choix, petit choix, ancienneté) disparaissent ;
  • sera créé un nouveau grade pour les agrégé-e-s, les certifié-e-s, les professeurs des écoles, les professeurs d’EPS et les professeurs de lycée professionnel : la « classe exceptionnelle » ; n’y auront accès que des enseignant-e-s hors classe (quota fixé chaque année par un arrêté du ministère de l’Éducation nationale) ;
  • l’échelle des bi-admissibles à l’agrégation disparaît.

 Les rendez-vous de carrière 

Dans les conditions prévues par leurs statuts respectifs, les enseignant-e-s bénéficient de trois rendez-vous de carrière, à l’exception des adjoints d’enseignement, qui bénéficient de deux rendez-vous de carrière.
L’agent est informé individuellement, avant le début des vacances d’été, de la programmation d’un rendez-vous de carrière pour l’année scolaire à venir. Une notice présentant les enjeux et le déroulé du rendez-vous de carrière est jointe à cette information.
Le calendrier du rendez- vous de carrière est notifié à l’agent au plus tard un mois avant la date de celui-ci. Dans les cas où le rendez-vous de carrière comprend plusieurs entretiens, le délai entre deux entretiens ne peut excéder six semaines.
Le compte rendu du rendez-vous de carrière est réalisé à l’aide du modèle (cf. ci-dessous). Ce document est valable pour les visites des professeurs des écoles, certifiés, agrégés, adjoints d’enseignement, professeurs d’EPS, CE d’EPS et professeurs de lycée professionnel.
Dans tous les cas le compte rendu est notifié à l’agent qui peut, dans un délai de trois semaines, formuler par écrit, dans la partie du compte-rendu réservée à cet effet, des observations.
L’appréciation finale de la valeur professionnelle qui figure au compte rendu est notifiée dans les deux semaines après la rentrée scolaire suivant celle au cours de laquelle le rendez-vous de carrière a eu lieu.

 Modèle

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Les 3 pavés de la grilles de compétence (11 items) renvoient un à un à des critères pédagogiques, des compétences en dehors du cadre de la classe et de l’équipe éducative ainsi qu’à un bilan de l’accompagnement des élèves et de l’engagement dans la formation. On ne sait pas pour l’instant qui remplira quel groupe d’items : les inspecteurs ou les chefs d’établissement ? Ou les deux, conjointement ? Mais on peut craindre que la gestion managériale de l’enseignant, très au goût du jour, dépendra pour beaucoup de l’avis du second (avec les dérives possibles liées au caractère propre).
Les 3 rendez-vous de carrière se dérouleront aux :

  • 6e échelon (ancienneté de 8 à 9 ans, au cours de la 2e année du 6e échelon), avec possibilité de gain d’1 an ;
  • 8e échelon (ancienneté de 13 à 14 ans, entre 1 an et 6 mois et 2 ans 6mois)
    avec possibilité de gain d’1 an ;
  • et 9e échelon (ancienneté de 19 à 21 ans).
    Ces modalités sont identiques pour tous les corps : PE, CERT, AGR, P EPS, PEGC, CE EPS, PLP.

 Promotions à la hors-classe et à la classe exceptionnelle

L’organisation de chaque corps est modifiée par la création du troisième grade : la classe exceptionnelle. L’accès à cette classe sera possible :

  • à partir du 3e échelon de la hors-classe pour celles ou ceux qui enseignent dans les établissements sensibles ou ont des parcours exceptionnels (80 %),
  • ou à tous les enseignant-e-s ayant atteint le dernier échelon de la hors-classe (20 % des promotions).

À compter du 1er septembre 2017, tous les maîtres seront reclassés dans les nouvelles grilles indiciaires :

  • en classe normale, à l’échelon égal,
  • en hors-classe
    • à l’échelon précédent pour les certifié-e-s, professeurs des écoles et professeurs de lycée professionnel
    • à l’échelon diminué de 2 pour les agrégé-e-s.

 Avancement d’échelon à partir du 1er septembre 2017

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 Commentaire

Comme toute « réforme », le PPCR a quelques avantages et beaucoup d’inconvénients :

  • le chef d’établissement se voit attribuer un rôle déterminant dans l’évolution de la carrière d’un maître, notamment selon des critères managériaux qui sont étrangers à nos pratiques, là où nous préférerions un réel accompagnement pédagogique de l’inspecteur ;
  • le « nouveau » temps de l’inspection sera sans doute générateur d’inquiétude de même que le temps d’entretien avec le chef d’établissement : assiduité, ponctualité, autorité et rayonnement, qui avaient au moins l’avantage de la clarté sans être une panacée, deviendront une sorte d’engagement à l’intégration, avec des « coopérer… », « contribuer… », « installer et maintenir… ». Il est dès lors facile de deviner ce que seront les dérives possibles au nom du « caractère propre » dans les écoles, collèges, lycées sous contrat, d’obédience religieuse. Nous demandons donc que les 2 premiers critères du deuxième pavé de la grille de compétences soient reformulés pour plus de transparence ;
  • 70 % des maîtres n’auront pas de réelle promotion. La classe des bi-admissibles disparaîtra : ceux-ci verront sans doute leur indice maintenu jusqu’au changement d’indice suivant ;
  • les maîtres-auxiliaires et surtout les MA en CDI seront toujours sur la touche : nous demandons qu’ils soient versés par liste d’aptitude dans le corps des certifiés, avec un plan sur 5 ans. Reste également le problème des délégués-auxiliaires malléables et corvéables à merci et pour lesquels nous demandons une amélioration de statut ;
  • et si le volet financier du PPCR semble au premier abord honorable (il y aura une grille revalorisée en janvier 2019 et la création d’un 7e échelon de la hors-classe en 2020), il ne doit pas nous faire oublier que, à ancienneté égale, un professeur de collège gagne en moyenne, au bout de 15 ans, 35 000€, tandis que son homologue allemand touche 61 000€ (même si les pratiques sont différentes). Nous demandons donc un rééquilibrage en ce sens.
Denis Titli

Réforme de l’avancement des enseignants : Journal officiel du 7 mai 2017
Grille des onze compétences : Journal officiel du 10 mai 2017


Documents joints

PPCR - Nouvelle carrière