Le livret scolaire unique numérique à l’école et au collège, un fichage et triage des élèves généralisés ?

Publié le mercredi  12 octobre 2016
Mis à jour le lundi  10 octobre 2016

Depuis nombre d’années, les écoles s’appliquent à réaliser chacune un livret en équipes, à faire entrer les jeunes élèves dans des « cases » pour valider ou non les compétences… À la rentrée 2016, on continue mais avec un livret numérique… L’intérêt ? Le ministère cherche à harmoniser les pratiques dans la forme mais le fond persiste.

Dans la forme, car pour l’instant de livret, il n’y a que le nom et les tutoriels !
Il en existe déjà un certain nombre sur le net : « edumoov ; Bulleval ; Livret One Click ; livreval ». Ce sont des livrets qui auraient fait leur preuve en école primaire et devraient être prolongés au collège puisque nous sommes sur un « socle commun de connaissances et de compétences » !

Le socle commun de 2015 (J.O du 02/04/2015) ouvre « dix années de la vie et de la formation des enfants, entre 6 et 16 ans », il présente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire. Il a été introduit dans la loi en 2005 : « il rassemble l’ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d’individu et de futur citoyen. Un livret personnel de compétences permet de suivre la progression de l’élève. La maîtrise du socle est nécessaire pour obtenir le diplôme national du brevet (D.N.B.) ». La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République du 8 juillet 2013 a fait évoluer et a redéfini le socle commun, désormais intitulé « socle commun de connaissances, de compétences et de culture ».
Pour le SUNDEP Solidaires, la priorité que se fixe l’Éducation nationale n’est pas « d’assurer la maitrise » du socle commun ; par ailleurs il faut en finir avec le socle commun lui-même.

Il y a de la discrimination dans le fait de réduire les apprentissages des élèves au socle. Depuis, le premier socle de 2006 (loi 2005), le seul objectif de l’Éducation nationale est de réduire les dépenses et faire des économies sous le couvert de réformes libérales et il s’appuie sur les mauvais résultats des élèves aux évaluations internationales de PISA. Hors depuis 2008, n’est-ce pas le ministère de l’Éducation nationale qui a réduit de façon draconienne le nombre de maitres E et G ainsi que les RASED en France ? Ne veut- il pas continuer avec les professeurs des écoles en Segpa (maitre F) en voulant faire les « inscriptions » des élèves fragiles et en grande difficulté scolaire dans des « classes de référence » (classe d’enseignement général et non adaptée) au collège ? N’est-ce pas un problème dû à la refonte des programmes qui a entrainé ceux de 2008 ?

Les évaluations de PISA organisées par l’OCDE – donc des « experts » – mesurent la « compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique ». Celles de 2006 montrent que les jeunes Français n’auraient pas tant besoin d’exercices de répétition et de mémorisation puisqu’ils maitrisent bien les mécanismes mais qu’ils doivent progresser dans les domaines de la réflexion, de l’analyse, du réinvestissement des connaissances. Le problème est que jusqu’à présent les différents socles ne proposaient pas de développer l’esprit critique des élèves. Le socle de 2015 est plus dans cet esprit !

L’école serait-elle à terme vouée à ne dispenser que les savoirs du socle, laissant le soin au privé par exemple d’enseigner à une élite les autres savoirs, comme l’y pousse déjà l’assouplissement de la sectorisation des collèges dans certains quartiers ?

Le livret scolaire, déjà imaginé depuis la fin des années 80, loin de sanctionner l’élève, doit être conçu pour l’aider à progresser à son rythme, dans le cadre des cycles. Véritable outil de communication avec les parents lorsqu’il leur est présenté, le livret permet aux enseignants de mieux cerner les acquis de l’élève ; il s’inscrit dans une démarche d’évaluation formative. À l’opposé des attestations de compétences du livret qu’on nous impose. À l’opposé du socle commun… La question de savoir s’il faut des notes ou non n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Le SUNDEP-Solidaires continue donc à réclamer un service public d’éducation équitable pour transformer l’école sans restreindre la formation d’un individu à un livret. L’école doit proposer l’accès à une culture commune et émancipatrice pour tous.
Le socle ne doit pas déterminer l’orientation professionnelle de chaque élève ce qui le contraindrait à rester dans sa condition première. L’école doit être un vecteur d’émancipation et de promotion sociale qui ne reproduit pas les inégalités. [1]


Source : Sundep-Solidaires