Prise d’otages

Publié le mercredi  14 décembre 2011
Mis à jour le mardi  13 décembre 2011

Un excellent article de Lubin dans son Journal d’école à propos de la prise d’otages d’une partie du personnel par des parents d’élèves dans une école catholique des Bouches-du-Rhône.

Ça remonte à loin – au 9 septembre 2002 - au détour d’une des premières lois dites « de sécurité intérieure », inspirée par un ministre de l’Intérieur qui fera son chemin depuis (on espère qu’il est aujourd’hui au bout du chemin), était créé le délit d’ « outrage à enseignant », passible de 6 mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. Depuis, que de fortes paroles n’a-t-on entendues, ponctuées de mâles résolutions sur le nécessaire respect dû aux enseignants et l’impératif absolu de restaurer leur autorité, mise à mal, comme on le sait, par quarante ans de laxisme soixante-huitard. On allait voir ce qu’on allait voir.

On a vu ce qu’on a vu.

Hier, en tout cas, avec l’intrusion de parents d’élèves dans une école des Bouches-du-Rhône et la prise d’otages du personnel, on a eu la confirmation que ce délit visait exclusivement les élèves mais pas les adultes, surtout pas les parents d’élèves de l’Enseignement catholique, qui, en toute charité chrétienne, se sont livrés à un coup de force très éloigné dans son esprit des leçons de morale rétablies par Chatel à l’école primaire. Des leçons de morale mais aussi, plus simplement, des règles les plus élémentaires de la vie en société.

Si, au moins, il s’était agi de défendre une bonne cause. Mais dans le cas présent, l’opération commando ciblait piteusement un jeune enseignant stagiaire largué sans bouée de secours au milieu d’une classe. Opération réussie : l’enseignant est viré, ou muté, ce qui, dans son cas, revient au même.

Du délit d’outrage à enseignant ou même d’une ferme condamnation pour la brutale prise d’otages, pas question. Chatel, qui ne rate jamais l’occasion de fustiger la moindre incivilité dès qu’elle vient des élèves, n’a rien trouvé d’incivil à ces méthodes de gangster, il n’a même rien trouvé à dire du tout, se déchargeant de sa responsabilité d’employeur sur l’Enseignement catholique. Il est vrai qu’à quatre mois des élections, on n’allait quand même pas envoyer la police contre des gens dont on attend traditionnellement les suffrages. On n’a pas, non plus, entendu Ciotti réclamer l’installation de portails de sécurité ou de caméras de surveillance pour contrer l’intrusion des sauvageons.

Du côté des syndicats du public, la réaction a été pour le moins discrète, comme s’ils n’étaient pas concernés. Ce en quoi ils ont tort : car finalement, ce qui s’est passé hier dans cette école des Bouches-du-Rhône, le renvoi brutal d’un enseignant suite à l’action musclée d’un groupe de parents, se trouve déjà plus ou moins en germe dans le projet, ardemment défendu dans certains programmes politiques, de renforcer le pouvoir des chefs d’établissement.


Source : Journal d’école