Pierre Khalfa « Il faut un changement complet de logique »

Article paru dans « L’Humanité »
Publié le mardi  1er novembre 2011
Mis à jour le vendredi  28 octobre 2011

Pierre Khalfa est membre du conseil scientifique d’Attac et coprésident de la Fondation Copernic. Il insiste sur le besoin d’une tout autre politique économique pour répondre aux besoins sociaux et aux impératifs écologiques.

Pourquoi 
les orientations 
de l’Union européenne conduisent 
les États 
dans l’impasse ?

Pierre Khalfa. Les marchés financiers exigent 
des gouvernements des plans d’austérité afin de s’assurer 
le paiement de la charge 
de la dette. Mais, contradiction, ils s’inquiètent des conséquences de ces plans car une politique d’austérité appliquée à tous les pays européens, dont les économies sont interdépendantes, risque d’entraîner une récession généralisée. Non seulement les politiques d’austérité sont inacceptables sur le plan social, 
car elles font payer le prix 
de la crise aux peuples, mais elles sont économiquement stupides. Elles vont entraîner une récession généralisée en Europe qui va aboutir à une baisse des recettes fiscales. Conséquence de quoi : 
les déficits publics augmentent alors que l’objectif des plans d’austérité est justement 
de les réduire. Ces injonctions contradictoires de la part 
des marchés financiers démontrent qu’il ne sert à rien de vouloir 
les rassurer. La servitude des 
États et de l’Union européenne vis-à-vis des marchés financiers doit être cassée.

L’UE insiste pour que les États 
se financent auprès du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Est-ce là la solution ?

Pierre Khalfa. Le FESF est un fonds d’emprunt de secours pour les États qui sont soumis aux attaques 
des marchés financiers et qui 
ne peuvent emprunter auprès d’eux car les taux d’intérêt demandés par les marchés sont exorbitants. Mais c’est un emplâtre sur une jambe de bois. Le FESF, dans sa configuration actuelle, s’avérera inutile face 
aux attaques des marchés financiers contre toute la zone euro. C’est pourquoi, il faut changer de paradigme.

Comment résoudre le problème 
de la dette ?

Pierre Khalfa. Les États doivent pouvoir se financer directement auprès des banques centrales nationales ou de la Banque centrale européenne (BCE). 
Bien sûr, sous conditions, sous un contrôle démocratique européen. Il faut donc modifier les traités européens qui aujourd’hui l’interdisent. Pour rappel : 
les banques privées peuvent, elles, se refinancer auprès de la BCE 
à des taux dérisoires tout en prêtant aux États à des taux nettement supérieurs. Deuxièmement, il est urgent de réaliser un audit citoyen sur l’état des dettes publiques afin de distinguer la part illégitime qu’il convient d’annuler de la part légitime qui doit être remboursée, la BCE pouvant dans ce cas 
la racheter. Tout le monde s’accorde par exemple à reconnaître aujourd’hui qu’il faut annuler une partie de la dette de la Grèce. Cela doit être aussi le cas pour les autres pays. De plus, les banques doivent être mises sous contrôle public afin qu’elles se tournent vers les financements de l’activité productive et la transformation écologique de la société. Enfin, il faut enfin une réforme fiscale d’ampleur qui redonne des marges de manœuvre à l’action publique.

Les politiques d’austérité sont-elles un horizon indépassable ?

Pierre Khalfa. Les politiques d’austérité vont mener l’Europe à la catastrophe. Il faut un changement de paradigme avec une politique économique qui parte de la satisfaction des besoins sociaux et qui permette de faire les investissements nécessaires pour répondre aux impératifs écologiques. Cela suppose sortir 
de l’emprise des marchés financiers et en finir avec la logique à l’œuvre dans les entreprises visant à verser le maximum de dividendes 
aux actionnaires pour augmenter la masse salariale.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe


Source : L’Humanité